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Retour sur le programme de sensibilisation et d'accompagnement des copropriétaires de la Ville de Caen

En partenariat avec l'ADEME, la Ville de Caen a confié à Biomasse Normandie une mission d'animation visant à inciter les copropriétaires caennais à réaliser des travaux de maîtrise de l’énergie ou de valorisation d’énergies renouvelables. Témoignages croisés d’Aurélie Bourbonnais, responsable du pôle rénovation urbaine de la Ville de Caen, Marie GINESTE, chargée de mission à la Direction de l'Habitat de Caen la Mer et Nicolas Marie, responsable de l’Espace Info>Energie chez Biomasse Normandie.

 

Pouvez-vous revenir sur les raisons qui ont poussé la Ville de Caen à mettre en place ce programme ? 

Aurélie Bourbonnais / Marie Gineste : Ce programme a été initialement lancé en 2013 dans le cadre d’une OPAH (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat), dispositif s’adressant aux propriétaires (occupants ou bailleurs) pour leur proposer des aides à la réhabilitation des logements anciens (de plus de 15 ans). Mais nous nous sommes rendu compte que les outils classiques proposés par l’Agence Nationale de l'Habitat (ANAH) pour le volet Energie étaient peu adaptés aux besoins des copropriétés. C’est pourquoi nous nous sommes rapprochés de l’association Biomasse Normandie pour développer un dispositif d’accompagnement spécifique pour les copropriétés souhaitant s’engager dans un projet de rénovation énergétique. 

La première phase de l’expérimentation s’est déroulée de 2013 à 2016. Le programme était alors porté par la Ville de Caen, l’ADEME et la Région avec un périmètre d’action communal. Le temps d’accompagnement des copropriétés étant long, en général 4 ou 5 ans, le programme a été renouvelé sur les 3 années suivantes, jusqu’à 2018. En 2017, le passage de la Communauté d'Agglomération Caennaise à la Communauté Urbaine, a permis à Caen la Mer de devenir compétent sur les questions d’OPAH et de reprendre la maitrise d’ouvrage de ce programme. 

 

 

En quoi ce dispositif est-il original ou innovant ? 

Aurélie Bourbonnais / Marie Gineste : Il se distingue d’un programme d’accompagnement classique dans la mesure où il repose sur une charte commune d’engagement, signée à la fois par le copropriétaire et l’opérateur chargé de l’accompagner. Il faut donc qu’il y ait une vraie volonté de la part de la copropriété de s’inscrire dans la durée en acceptant de communiquer avec les opérateurs régulièrement via des réunions de travail.

Notre positionnement en tant qu’acteur de service public nous confère le rôle de tiers neutre, ce qui permet d’amorcer facilement une dynamique entre le copropriétaire et l’opérateur. Enfin, cet accompagnement présente une dimension personnalisée puisqu’il est possible de proposer à chaque propriétaire qui le souhaite un plan de financement détaillé sur-mesure.

Nicolas Marie : Au-delà même de son statut original, je dirais même que ce rôle de tiers de confiance est devenu indispensable aujourd’hui pour ce type de démarche. Le syndic de copropriété n’a pas forcément le temps ou les compétences pour mener un travail de sensibilisation, c’est donc au tiers de confiance, sur la base de l’audit du bureau d’études, de susciter une dynamique de groupe pour que le projet soit porté par les copropriétaires et le syndic. 

 

Avez-vous été confrontés à des difficultés particulières ? 

Aurélie Bourbonnais / Marie Gineste : Nous avons vite rencontré des difficultés d’ordre financières lors de l’exécution de plans de travaux initiaux qui se sont avérés trop ambitieux. En effet, avant même de considérer à engager des travaux de rénovation énergétique, la plupart des copropriétaires ont dû commencer par des travaux d’entretien courant. Notre stratégie d’accompagnement a donc connu des évolutions en cours de route pour mieux prendre en compte ces coûts supplémentaires liées aux besoins d’entretien. Toute la difficulté a été de calibrer les programmes de travaux en les rendant financièrement viables, tout en traitant le volet énergie, pour l’ensemble des copropriétés. 

Nicolas Marie : Le principal frein à notre arrivée a été de trouver notre place au sein de l’univers concurrentiel des cabinets de syndics. Travailler à leurs côtés a nécessité de prendre le temps de créer un lien de confiance et leur expliquer en quoi notre rôle ne se substituait pas au leur. 

Par ailleurs, d’une copropriété à une autre, les réactions ne sont pas les mêmes. Nous ne sommes pas toujours entendus de la même façon et cela demande un gros travail d’adaptation.

 

 

Quels sont les principaux types de travaux engagés par les copropriétés ?

Nicolas Marie : Nous accompagnerons de manière récurrente des copropriétés sur les travaux d’isolation des sols et des toitures par l’intérieur, ainsi que des changements d’énergie (passage du fioul au gaz ou au bois). L’isolation par l’extérieur en revanche est une opération très coûteuse. La première opération en copropriété incluant une isolation par l’extérieur sur la région caennaise a été actée il y a quelques semaines, grâce notamment à la mobilisation d’une subvention de la Communauté Urbaine et de la Région Normandie. L’ensemble des travaux réalisé permettra même d’atteindre le niveau BBC ! 

Plus généralement il est intéressant de constater que les travaux sont régulièrement motivés par des besoins non liés à l’énergie, mais à la vétusté, tels que ravalement de façades, réfection de couvertures, ou d’évacuation des eaux. C’est une très bonne occasion de s’intéresser aux aspects énergie, à moindre coût, grâce à la mutualisation de certains aspects (échaffaudage, dépose, etc.)

Le rôle de Biomasse Normandie  consiste à accompagner la copropriété dans toutes les étapes de la mise en œuvre de leur projet. Nous les aidons ainsi dans le choix du bureau d’études et du maitre d’œuvre, dans l’analyse des offres et dans la compréhension des résultats finaux. Nous intervenons également sur l’ingénierie financière en leur présentant des plans de financement type par programme.

 

Quels sont les résultats obtenus depuis le lancement du programme et comment s’inscrivent-ils dans les objectifs de la Ville de Caen et de la Communauté Urbaine en matière de lutte contre le changement climatique ?

Nicolas Marie : A date, 43 copropriétés ont signé la charte d’engagement. 1,6 millions d’euros ont été dépensés pour des travaux qui ont permis de réaliser 1 700 MWh d’économies d’énergie, soit 115 000 euros économisés annuellement. Ce projet a contribué au maintien ou à la création de 18 ETP, dont 13 à l’échelle du Calvados. Par ailleurs, les chiffres montrent que l’accompagnement d’un copropriétaire par un tiers de confiance, depuis le début de la réflexion jusqu’à la mise en œuvre des travaux, permet de multiplier par 5 le nombre de copropriétés s’engageant dans des travaux suite à un audit énergétique. Ainsi moins de 10% des copropriétés non accompagnées passent à l’étape des travaux suite à la phase de l’audit contre 50% des copros qui sont accompagnées.

Aurélie Bourbonnais / Marie Gineste : La question de l’amélioration du parc privé et plus précisément la rénovation des copropriétés s’inscrit dans les priorités de la Communauté Urbaine dans le cadre du Programme local de l’habitat 2019-2024 présenté en Conseil Communautaire le mois dernier. La Ville de Caen s’est par ailleurs fixée plusieurs objectifs de lutte contre le changement climatique et a engagé une politique ambitieuse en matière d’éclairage public et de construction de bâtiments passifs. Le Schéma Directeur de l’Energie (SDE) fixe également des objectifs sur tous les volets : bâtiments public et tertiaire, rénovation logement public et privé, etc. 

 

 

Quels sont selon vous les principaux enseignements de la démarche et les leviers à mobiliser pour être encore plus performant ?

Aurélie Bourbonnais / Marie Gineste : Il est clair que la démarche est plus facile à entreprendre lorsque nous avons affaire à des copros motivés et déjà sensibilisés aux enjeux de la rénovation énergétique. Mais le plus important est de procéder par étapes, sans forcément viser d’emblée un niveau de performance trop ambitieux. Un bon entretien et un bon audit énergétique sont par ailleurs indispensables pour élaborer un programme de travaux adaptés aux besoins des copropriétés.

L’accompagnement est une étape primordiale sur laquelle il faut capitaliser. Elle permet d’y voir plus clair sur la nature et l’obligation ou non des travaux à engager, les aides dont ils peuvent bénéficier etc. Mais il n’en demeure pas moins que les subventions publiques sont déterminantes pour faciliter la prise de décision par le copropriétaire. Pour conclure, il faut un accompagnement technique, social et financier pour aller plus loin dans les travaux d’amélioration de la performance énergétique.

Nicolas Marie : Cette expérience nous a surtout aidés à trouver la bonne façon d’aborder les projets de rénovation avec les copropriétaires. Nous nous sommes par exemple aperçus que les assemblées générales n’étaient pas les lieux les plus propices à la prise de décisions relatives aux travaux de ce type. Il s’agit d’un sujet complexe autour duquel il convient de faire beaucoup de pédagogie. Il faut que les personnes aient le temps de digérer les informations qu’on leur donne, on ne peut pas leur demander de voter au moment même. Il convient plutôt d’organiser en amont des réunions spécifiques dédiées à la présentation des projets de travaux.

Il faut également apprendre à s’adapter aux contraintes de temps, qui sont souvent long pour une copropriété. 3 à 5 ans sont nécessaires pour mobiliser l’ensemble des copropriétaires et aboutir à un vote positif sur des projets de rénovation ambitieux. Par ailleurs, il est important de maintenir une dynamique de communication en interne via des réunions dédiées à la présentation des différentes étapes, des notes écrites, des échanges par mail etc. Dans cette optique il pourrait être pertinent de mettre en place de nouveaux outils, comme par exemple un forum d’échange sur internet.

 

Y a-t-il un objectif de reproduire cette opération après 2019 et si oui, pour quel territoire ?

Aurélie Bourbonnais / Marie Gineste : Nous avons décidé, dans le cadre d’une convention globale avec Biomasse Normandie, de prolonger ce programme en 2019 à l’échelle de la Communauté Urbaine. Il y a encore actuellement 25 copropriétés en cours d’accompagnement à Caen. L’objectif est de poursuivre la dynamique lancée sur la Ville en ouvrant le dispositif à 3 copropriétés situées en dehors de la commune. Nous sommes actuellement en pleine étude pré-opérationnelle pour définir des objectifs précis à atteindre, ainsi que sur les types d’opérateurs et les territoires concernés. 




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