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Quels sont les enseignements de l'étude ADEME "Pérennité de l'étanchéité à l'air des maisons individuelles BBC en Normandie" ?

Introduite en 2005, développée avec le label BBC puis généralisée grâce à la Réglementation Thermique 2012, l'étanchéité à l'air doit permettre de contribuer à la performance énergétique tout au long de la vie du bâtiment. L'étude ADEME qui vient de paraitre souligne les facteurs d'influence du maintien dans le temps des résultats selon les modes constructifs, le placement de l'isolation, la typologie des maîtres d'œuvre et de l'architecture. Retour avec Richard Delamare (société DIAGTHERM) et Sébastien Bellet (Ingénieur ADEME), sur les principales tendances et les recommandations issues de cette étude.

M. Delamare, votre société DIAGTHERM a été missionnée par l’ADEME Normandie pour mener cette étude : pouvez-vous nous en dire plus sur les objectifs poursuivis et sur les modalités de réalisation ?

Richard Delamare: L’objectif de l’étude était d’étudier la pérennité de l’étanchéité à l’air sur un échantillon de 30 maisons individuelles BBC construites en Normandie entre 2009 et 2011. Une campagne de nouvelles mesures a donc été réalisée 5 ans après, permettant ainsi de mener une analyse comparative des résultats.

Nous avons d’abord pris contact avec les constructeurs qui ont ensuite transmis notre demande aux occupants. Une fois l’accord des deux parties obtenu, il a été systématiquement demandé si des travaux d'extension ou d'aménagements avaient été réalisés depuis la construction du bâtiment, cela afin de pouvoir comparer deux situations identiques. Dans le cas où le bâtiment n’avait pas connu d'évolutions majeures, des tests d’étanchéité à l’air ont été conduits dans le but d’identifier toutes les fuites d’air.

Quels sont les principaux résultats et tendances observés ?

Richard Delamare: Le coefficient d’étanchéité à l’air moyen observé lors des mesures initiales entre 2009 et 2011 sur l’échantillon des 30 maisons individuelles était de 0,40 m3/(h.m2). Ce qui était, il faut le souligner, d’excellents résultats. Les tests réalisés en 2015 ont donné un résultat moyen de 0,59 m3/(h.m2), soit une dégradation moyenne de 0,19 m3/(h.m2). Cette différence est importante, mais les résultats restent conformes aux normes BBC et RT 2012, soit inférieurs à 0,60 m3/(h.m2).

Nous avons constaté que les résultats varient en fonction des typologies d’architecture des maisons. Les chiffres se sont d’avantage dégradés pour les 17 maisons à étages sous rampants et les 4 maisons à étages sous combles perdus. A l’inverse, les 7 maisons de plain-pied et les 2 maisons en étage à toiture terrasse présentent de meilleurs résultats, leurs formes davantage cubiques et avec moins d’angles permettant une étanchéité plus performante.

La dégradation de l’étanchéité observée est due aux paramètres suivants :

  • Usure des menuiseries
  • Dégradation des joints (éléments traversants, liaisons parois/ouvrants)
  • Intervention de l’occupant (ajout de spots, poêles à bois, hottes de cuisine non étanches…)

 
Comparaison des résultats à réception et en 2015

Quels sont les facteurs qui semblent le plus influencer les résultats en matière étanchéité à l’air ?

Richard Delamare: Les fuites observées sont classées selon une typologie en 8 familles parmi lesquelles, par exemple, les fuites liées aux menuiseries, celles associées aux éléments traversant les planchers, parois ou plafonds ou encore les fuites liées aux liaisons périphériques (pieds de cloisons principalement). Les fuites sont aussi classées selon un degré de gravité (légère, moyenne, importante). 

La part des fuites moyennes a globalement augmenté sur toutes les typologies. Mais ce sont principalement les fuites liées aux appareillages électriques, aux éléments traversants, aux liaisons parois/ouvrants et à la catégorie "autres" (ballons thermodynamiques, hottes, poêles à bois...) qui ont le plus contribué à cette perte d'étanchéité à l'air.

 
Analyse par catégorie de fuite

Sébastien Bellet: Un facteur qui influence également les résultats et qui permet ou non, de conserver une bonne étanchéité à l’air, est lié aux choix des produits utilisés lors de la mise en œuvre des travaux. Le silicone par exemple, est souvent utilisé pour réaliser des joints d’étanchéité. C’est un produit peu cher et efficace dans un premier temps, mais qui supporte mal les variations dimensionnelles. Il ne peut se dilater et se rétracter en fonction des températures extérieures, ce qui ne permet pas d’obtenir une bonne étanchéité à moyen et long-terme.

Pouvez-vous établir quelques recommandations à destination des acteurs de la construction pour optimiser et améliorer l'étanchéité à l'air des bâtiments ?

Richard Delamare: Pour conserver de bons résultats à long terme et pour anticiper d’éventuelles modifications réalisées par les habitants, il apparait essentiel de traiter l’étanchéité à l’air de l’enveloppe avec deux barrières d’étanchéité et non une seule. Sur les 30 maisons mesurées pour l’étude, seule une maison disposait de deux barrières d’étanchéité.

Il est également fondamental de maintenir le bon niveau de connaissances des équipes techniques en réalisant des veilles pour toujours rester en alerte sur les nouveaux produits ou techniques de mises en œuvre pour l’étanchéité à l’air.

Enfin, il ne faut pas oublier les occupants ! Il est important que les constructeurs se rappellent que leurs clients sont souvent néophytes en la matière, d’où l’importance de les informer sur les bonnes pratiques. Si des travaux ultérieurs à la construction sont réalisés par des professionnels non-qualifiés qui ne prennent pas en compte ces aspects, l’étanchéité à l’air peut alors être largement dégradée.

Sébastien Bellet: Il faut en effet mieux anticiper les travaux réalisés à posteriori. C’est à mon avis aux professionnels et aux concepteurs d’anticiper le comportement des habitants en optimisant le positionnement des différentes barrières d’étanchéité et en les adaptant pour ne pas imposer des contraintes ou restrictions dans l’occupation du bâtiment. Les professionnels ont la responsabilité de pérenniser la performance des maisons car ce sont eux qui maîtrisent ces paramètres.

Dans cette optique, je pense qu’il faudrait généraliser le carnet de santé des bâtiments. Ce carnet listerait tous les travaux réalisés dans le passé et permettrait ainsi aux professionnels de savoir comment a été réalisée l’étanchéité, d’obtenir un historique complet des interventions et d’identifier rapidement les zones plus sensibles d’un bâtiment.

Quelles sont les principales évolutions des pratiques du traitement de l'étanchéité à l'air des bâtiments depuis 2008 ?

Richard Delamare: Les pratiques sont désormais rentrées dans les mœurs et la prise de conscience des acteurs a permis une nette amélioration des performances. Les matériaux et les équipements comme les ballons thermodynamiques, les poêles à bois et les boîtiers électriques ont bien évolué depuis 2008 et sont désormais quasiment tous étanches. Les industriels de la menuiserie ont également grandement travaillé sur les baies coulissantes ces dernières années. Tous ces produits ne connaissent désormais presque plus ou très peu fuites.

Sébastien Bellet: L’étanchéité à l’air n'apparaît plus comme une contrainte mais devient un vrai marqueur de qualité qui revalorise le travail des professionnels pour perfectionner les travaux mis en œuvre dans le cadre de l’atteinte de performances « BBC rénovation » et « RT2012 ». L’étanchéité permet d’obtenir davantage  de performances, c’est même un catalyseur de motivations pour les concepteurs de constructions BBC et performantes ! 

Quelles sont les perspectives d'avenir sur ce sujet ?

Richard Delamare: Aujourd’hui, les bâtiments neufs étant très étanches à l’air, la ventilation mécanique contrôlée (VMC) prend une importance capitale. Pour cela, il faut s'atteler à la mise en œuvre et à l’étanchéité à l’air des réseaux de ventilation. L’activité autour de l’étanchéité des réseaux aérauliques se développe depuis plus d’un an, ce qui permet de renforcer encore la performance des constructions. Il faut prévoir le passage des gaines et utiliser davantage  de matériaux semi-rigides. Les réseaux de ventilation doivent être traités par des professionnels afin de gagner en efficacité.  

Sébastien Bellet: Le plus important est de valider et stabiliser les acquis en capitalisant sur ce qui a déjà été fait mais aussi en consolidant les leçons tirées de cette étude. Des efforts importants ont déjà été entrepris. Il serait nécessaire de les perfectionner à court-terme et de continuer à les intégrer à une culture commune des acteurs du secteur et des occupants des bâtiments. 

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