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Performance du patrimoine et recours aux énergies renouvelables : l’IDEFHI de Canteleu et son raccordement au réseau de chaleur de la Ville

M. Christophe Lemasson, Directeur du Cadre de Vie et des Travaux de l'IDEFHI nous explique comment l'opportunité de se raccorder au réseau de chaleur de la ville s'intègre complètement dans la démarche globale engagée par l'établissement public sur son patrimoine bâti.  M.Christian Longuemare, de la Métropole Rouen Normandie, nous livrera quant à lui son témoignage sur les avantages qu'apporte un réseau de chaleur à ses usagers, sur la volonté de la Métropole de recourir à d'avantage d'énergies renouvelables ainsi que sur la valeur ajoutée de réaliser de tels projets en partenariat avec l'ADEME.  

 (Crédit Photo: IDEFHI) 

Témoignage de M. Longuemare, Responsable du Service Chaleur de la Métropole Rouen Normandie

M. Longuemare, pouvez-vous nous dire quelques mots sur le réseau de chaleur de Canteleu ?

La Métropole a acquis  au 1er janvier 2015 la compétence de gestion des différents réseaux sur son territoire, qui était auparavant entre les mains des communes. La volonté d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, initiée par les communes, est désormais poursuivie par la Métropole.

Créé en 1975, le réseau de chaleur de Canteleu fonctionnait à l’énergie fossile (gaz et fioul) jusqu’en 2012. Suite au renouvellement du contrat de délégation de service public, la Ville avait alors émis une obligation de passer à la biomasse. En parallèle de ce changement de source d’énergie, le réseau a doublé sa longueur (de 5,8Km à 11,4km) et augmenté de plus de 30% sa capacité énergétique en passant de 34 000 MWh à 46 000 MWh.

Les travaux de performance engagés par les bailleurs sociaux sur le territoire vont conduire à une baisse des consommations énergétiques dans les années à venir. Il était donc essentiel de trouver un nouveau débouché pour compenser la baisse des consommations et de la puissance souscrite par les abonnés et assurer ainsi l’équilibre économique du réseau. Le réseau de Canteleu est relativement isolé et présente peu de possibilités nouvelles de raccordement.  L’IDEFHI (Institut Départemental de l’Enfance, de la Famille et du Handicap pour l’Insertion) représentait le dernier développement important possible en dehors du périmètre initial.

Quels sont les enjeux liés au développement des réseaux de chaleur pour la Métropole et ses habitants ?

L’enjeu principal des réseaux de chaleur urbains est de mettre à disposition de la population une chaleur qui soit la moins onéreuse possible tout en assurant un recours de plus en plus important aux sources d’énergies renouvelables et de récupération. Contractuellement, l’énergie du réseau de Canteleu doit provenir à 73% d’énergie d’origine renouvelable (biomasse), 18% de cogénération et 9% du gaz. Pour des raisons techniques (mise en service longue des chaudières biomasse et un problème technique qui a mis à l’arrêt la chaudière bois), ces taux n’ont pas encore été atteints. Le taux moyen d’énergie renouvelable dans le mix est aujourd’hui d’environ 65%.

Comment s’est déroulée l’opération d’extension du réseau qui a permis le raccordement de l’IDEFHI ? Quelles ont été les relations entre les nombreux acteurs du projet (Métropole, Dalkia, IDEFHI, ADEME, FEDER, Région) ?

C’est en premier lieu un raccordement qui n’était viable économiquement qu’avec un financement de l’ADEME, en particulier grâce aux moyens du Fond Chaleur. Le partenariat était donc essentiel à la bonne conduite de l’opération d’extension. Il faut également souligner la forte implication de l’ADEME locale. Le projet était porté par le concessionnaire du réseau, mais les conseils et le regard critique de l’ADEME sur les différents scénarios ont été d’une grande aide à la décision. En plus d’un partenariat gagnant / gagnant (tant pour l’abonné, que pour le gestionnaire et la Métropole), ces travaux ont été menés en bonne intelligence avec l’ensemble des partenaires qui ont tous été fortement impliqués.

 

M. LEMASSON, Directeur du Cadre de Vie et des Travaux de l’IDEFHI

M. LEMASSON, pouvez-vous nous décrire rapidement ce qu’est l’IDEFHI ?

Avec 1400 professionnels et 1600 jeunes suivis, l’IDEFHI (Institut Départemental de l’Enfance, de la Famille et du Handicap pour l’Insertion), implanté en Seine-Maritime, est le deuxième établissement public médico-social français. Il exerce une mission de service public auprès d’enfants, d’adolescents, de jeunes adultes et d’adultes handicapés qui nécessitent une prise en charge par la collectivité du fait de leur situation fragile. Les actions de l’IDEFHI vont de la protection à l’insertion professionnelle en passant par les soins, l’éducation et le développement personnel.

Quelles sont les principales caractéristiques du parc immobilier de l’IDEFHI ?

Le site de Canteleu est le site principal de l’IDEFHI puisqu’il s’étend sur plus de 45000m² sur les 72000 qui compose le parc immobilier. Il comporte une soixantaine de bâtiments, classés pour près de la moitié en établissement recevant du public (ERP) et avec des usages très différenciés : du tertiaire avec des immeubles abritant les bureaux des services généraux, des bâtiments d’hébergement pour les jeunes, des équipements sportifs, des locaux d’enseignements et des bâtiments logistiques tels que la blanchisserie, la cuisine centrale ou le garage. Le site accueille également un ESAT aux activités multiples (maraichage, horticulture et métiers de bouche).

Ces constructions datent des années 1960/1970 et sont relativement vétustes. Depuis une dizaine d’années, un programme de réhabilitation des bâtiments a été engagé et va s’intensifier dans les années à venir avec grâce à un programme pluriannuel d’investissement d’un montant de 30 millions d’euros sur la période 2016 – 2025. Il était essentiel de moderniser les structures dans le but d’améliorer le confort au quotidien des jeunes et des professionnels, ainsi que la performance énergétique pour un parc immobilier plus « vertueux » et moins coûteux en gaz.

Le site de Canteleu dispose d’une chaufferie centrale alimentant l’ensemble des bâtiments via un réseau enterré de plus de 3,8 km, datant pour certains tronçons des années 70. Souvent confronté à des fuites, l’IDEFHI a décidé de remplacer près d’un tiers du réseau enterré durant l’année 2017. La chaufferie est constituée de 2 chaudières gaz, d’une unité de cogénération, exploitée par COGESTAR2 (filiale de DALKIA) ainsi qu’une chaudière vapeur pour les besoins de la blanchisserie et de la cuisine centrale. Le contrat d’exploitation de la chaufferie et du réseau est confiée à ENGIE - COFELY, et a été renouvelé en septembre 2016 pour une durée de 10 ans. 

  (Crédit Photo: IDEFHI)

L’IDEFHI a réalisé un COE (Conseil en Orientation Energétique). Pourquoi avoir lancé cette démarche et qu’est-ce que cela vous a apporté ?

La réalisation du COE s’est inscrite dans une volonté affirmée de réduire nos factures énergétiques, d’offrir un meilleur confort d’usage et d’avoir un impact environnemental le plus faible possible. C’est dans ce cadre que nous nous sommes engagés en 2015 dans une étude de COE en partenariat avec l’ADEME et le bureau d’étude SAGE SERVICES. La première étape de cette démarche a été de faire un état des lieux complet de notre patrimoine tant sur le plan technique qu’énergétique. Nous avions besoin de cette photographie pour prendre les bonnes orientations en matière d’investissement et de choix énergétique. Toujours avec le concours de l’ADEME, nous avons ensuite réalisé un audit approfondi de 3 bâtiments représentatifs de notre parc immobilier. Que ce soit sur l’ensemble du patrimoine ou sur les trois bâtiments audités, plusieurs scénarios d’investissement ont ensuite été proposés par le bureau d’étude.

L’ensemble des données recueillies a ensuite permis d’élaborer notre stratégie d’exploitation et de rédiger notre nouveau marché d’exploitation avec des cibles de performance énergétique ambitieuses mais réalistes. 

En quoi le raccordement au réseau de chaleur de la Ville de Canteleu répond à vos besoins ?

Cette décision a été prise suite aux conclusions établies par l’ADEME et notre bureau d’études sur les différentes stratégies d’approvisionnements énergétiques. Il en est ressorti qu’au regard du contexte actuel et des évolutions pressenties du prix du gaz, rester sur cette source d’énergie ne serait pas à notre avantage. Le raccordement au réseau de chaleur devenait alors une opportunité à court terme plus intéressante sur le plan financier et en cohérence avec notre stratégie environnementale.

(Crédit Photo:IDEFHI)
                              

Quelle a été la plus-value de la participation de l’ADEME à l’opération ?

L’expertise de l’ADEME a été très importante dans l’accompagnement technique du COE : rédaction du cahier des charges, orientation des maitres d’œuvres et mise à disposition d’outils méthodologique de l’ADEME comme par exemple le DIAG ADEME. Leur soutien dans la rédaction de plusieurs scénarios d’investissement était également un point fort et nous a permis de différencier les investissements selon le temps de retour et l’investissement initial. Ensuite bien sûr le soutien financier, puisque l’ADEME participe aux dépenses liées aux COE et aux différents audits énergétiques à hauteur de 50%. Le coût d’investissement était trop important à supporter pour l’IDEFHI.

Quelles sont les prochaines étapes de votre démarche ?

Le COE a mis en évidence que notre organisation interne était perfectible pour appréhender toute la complexité des sujets environnementaux auxquels un Maitre d’Ouvrage doit faire face. Il est donc important pour nous de monter en compétence et de nous professionnaliser dans le domaine de l’énergie. Cela passera vraisemblablement en 2018 par l’embauche d’un énergéticien. Nous avons réalisé dernièrement des investissements importants sur les installations et le bâti pour réduire au maximum nos consommations. Cet effort va se poursuivre dans les années à venir à travers un meilleur pilotage des installations et une maintenance continue de nos équipements performants. Dans cette optique, s’engager dans une démarche de certification ISO 50001 donnerait du sens à notre action et nous inciteraient à nous inscrire dans une logique d’amélioration continue.

Un mot pour conclure ? 

J’invite tous les gestionnaires d’un parc immobilier qui n’ont pas la connaissance précise de la situation énergétique et du comportement thermique de leur bâti à lancer des études comme le COE. Elle a été pour nous très riche d’enseignement et a constitué un véritable outil d’aide à la décision, fondamental en matière de choix d’investissement et de stratégie d’exploitation.

 

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