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L'instrumentation de bâtiments issus de l'appel à projets DEFI'BAT

Vincent BARANGER, ingénieur bâtiment et co-directeur de AFCE , a travaillé sur le retour d’expérience relatif du programme DEFIBAT. Ce programme consiste en une aide apportée par l’ADEME pour l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments en exploitation. La mission confiée au BET AFCE consiste à vérifier les performances énergétiques des bâtiments lauréats de l’Appel à projets. Dans ce cadre, il évoque avec nous les tenants et aboutissants de cette mission, ainsi que les solutions concrètes que cela apporte aux maîtres d’ouvrage.

M. BARANGER, pouvez-vous nous présenter en quelques mots le DEFIBAT ?

VB : DEFIBAT est un appel à projets millésimé, initialement lancé par l’ADEME Basse-Normandie à destination des maîtres d’ouvrages. Le programme intègre des critères de performance énergétique, environnementale et de confort, en lien avec un soutien financier et technique de l’ADEME. En particulier, les maîtres d’ouvrages sont aidés financièrement pour la réalisation des études et des travaux de leur projet, dans la mesure où ils répondent aux critères de l’appel à projets, ainsi que dans la mise en place d’un suivi des consommations pendant les premières années.

Quel est votre rôle et celui d’AFCE au sein de DEFIBAT ?

VB : AFCE est un bureau d’études privé. Nous avons répondu à une consultation lancée par l’ADEME Basse-Normandie afin de faire retour d’expérience sur les opérations DEFIBAT. Pour ce faire, nous avons suivi trois opérations d’usage et de typologie différente : l’éco-lotissement des Z’écobatisseurs à Louvigny, un bâtiment de bureaux et enfin un Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD). Dans ce cadre, nous avons mis en place un suivi fin afin de vérifier si les objectifs fixés étaient respectés.

Les Z'écobatisseurs à Louvigny

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Notamment sur l’établissement du protocole de mesure ?

VB : Nous avons mis en place des protocoles sur mesure, et installé des compteurs complémentaires selon les cas. Un gros travail a été effectué sur les moyens métrologiques implémentés. Ils se devaient d’être flexibles, sans gêner l’usage et limiter l’intervention sur l’existant.

Enfin, les trois cas d’étude abordés ont posé des problématiques spécifiques auxquels il a fallu apporter des réponses elles aussi spécifiques. Par exemple, les logements des Z’écobatisseurs ont été complètement instrumentés par une vingtaine de capteurs par logement À l’opposé, concernant l’EHPAD, le travail de suivi était plus facile, mais les contraintes en conditions d’utilisation étaient complètement différentes. Enfin, l’approche était encore différente pour l’immeuble de bureaux.

Quels sont les principaux enseignements avez-vous tiré de vos différentes expériences en la matière ?

VB : Nous travaillons depuis un certain temps sur des opérations de suivi, en particulier pour des opérations HQE. L’intérêt est toujours le même : celui de faire un retour d’expérience sur un investissement. Ce sont souvent des maîtres d’ouvrages publics qui s’impliquent dans ces démarches. Il y a aussi un intérêt indéniable d’amélioration des performances.

On rencontre deux problématiques qui peuvent expliquer les écarts de consommation. La première est celle résultant d’un défaut d’étude ou de mise en œuvre. Il peut s’agir d’une conception non conforme avec l’usage réel du bâtiment par exemple. À ce titre, les réglementations thermiques aujourd’hui ne fournissent pas forcément des valeurs en adéquation avec les conditions d’usage réelles. Ce n’est de toute façon pas leur vocation. De fait, ceci renforce l’intérêt du suivi des performances réelles du bâtiment. Il peut aussi s’agir tout simplement d’une erreur de calcul ou d’exécution.

La seconde problématique est à envisager une fois la première écartée ou résolue. Elle concerne un défaut d’exploitation. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, on peut avoir de réelles marges de progression. Par exemple, on va pouvoir un peu diminuer les consommations liées au chauffage et à l’eau chaude sanitaire, et beaucoup les consommations liées à la ventilation. On peut diminuer certaines consommations liées à la ventilation par un facteur deux avec une meilleure exploitation.

Enfin, une dernière recommandation est d’avoir une approche multicritères. Évidemment, les consommations d’énergie sont à considérer. Mais il est également nécessaire d’intégrer les problématiques d’hygiène (qualité de l’air intérieur - QAI) et de confort d’été et d’hiver dans le suivi en exploitation. Une faible consommation d’énergie est peu significative si le bâtiment ne répond pas à ces critères de confort et de santé

Quel bilan en tirez-vous ?

VB : C’est un travail particulièrement intéressant qui mériterait d’être fait avec beaucoup plus de maîtres d’ouvrages. L’investissement initial en temps de leur côté dégage plusieurs bénéfices à long-terme. Cela leur permet d’une part d’améliorer leur connaissance du bâtiment, et d’autre part d’essayer de nouveaux réglages. Il y a souvent un interlocuteur privilégié qui se dégage, ou qui doit se dégager sur ces notions de confort et de performances énergétiques. Dans l’idée, cela correspond à l’approche de la norme ISO 50 001 (relative au management de l’énergie) : on réalisé d’abord un diagnostic, puis on met en place un plan d’amélioration et on suit les progrès sur plusieurs années.

EPHAD de Montebourg

Selon vous, comment généraliser la démarche et la rendre plus accessible aux maîtres d’ouvrages ?

VB : On peut avoir deux approches différentes. On peut soit faire une vérification de la conformité des performances du bâtiment en lien avec les objectifs théoriques, sur un an ; ou alors mettre en place un plan sur deux à trois ans, avec un premier diagnostic, puis une phase d’optimisation, et enfin une étape de vérification. La seconde est de loin la plus intéressante.

De plus en plus de compteurs connectés existent et peuvent être mis en place, sur un ou plusieurs éléments (thermique chauffage par exemple). L’informatisation des données est appelée à se généraliser. On pourrait par exemple envisager dans le prochain DEFIBAT qu’il soit obligatoire de mettre des compteurs consultables en ligne. Cela facilite l’exploitation, soit en interne côté maître d’ouvrage ou en externe via un prestataire.

D’expérience, nous avons rapidement remarqué dans des projets de ce type quelque chose de bête en apparence mais souvent reproduit : bien que les compteurs soient prévus en phase de conception, il est fréquent qu’ils ne soient pas mis en œuvre. À la réception du bâtiment, il y a beaucoup de choses à vérifier à la mise en service si bien que ces équipements non-nécessaires passent en seconde priorité. C’est un point de vigilance à adopter.

Autre point, on peut tout de même noter qu’exploiter les données correctement requiert un travail de thermicien, afin de bien comprendre tous les chiffres, et de faire les bonnes interprétations. En conception, il est crucial de bien définir le protocole de suivi, ainsi que les équipements mobilisés. Le lien entre bureaux d’étude « construction » et bureaux d’études « exploitation » doit être renforcé à l’avenir.

Nous travaillons actuellement sur plusieurs projets de grande envergure. Le démarrage, le lancement de la démarche prend du temps à la base, mais une fois amorcé, le suivi énergétique se fait rapidement chaque mois/semestre/année (selon les besoins). Par ailleurs, les enjeux sont d’autant plus importants si l’on a affaire à un bâtiment complexe : les économies énergétiques et financières peuvent devenir réellement significatives.

Malheureusement, cela est en revanche moins souvent mis en place sur des projets plus restreints. Mais il existe un patrimoine de mairies et d’établissements publics où les consommations à l’usage mériteraient d’être suivies. Des gisements d’économies d’énergie significatifs sont donc à chercher pour atteindre les objectifs que l’État s’est fixé en matière de transition énergétique.

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