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Bilan et perspectives de la thématique Bâtiment Durable avec les experts de l’ADEME

Pour la dernière édition de cette lettre d'information, nous vous proposons l’interview croisée de Gilles AYMOZ, chef du service Bâtiment à l’ADEME (services centraux), et des ingénieurs Maïté DUFOUR et Sébastien BELLET de l'ADEME Normandie. L’occasion de revenir avec eux sur les grandes évolutions de la thématique du bâtiment durable au cours des dix dernières années, en France comme en Normandie, et  d’évoquer les défis qui restent à relever pour l’avenir.

 

 

 

Selon vous, quelles sont les grandes évolutions de ces dix dernières années dans la prise en compte des enjeux environnementaux dans le bâtiment ? 

Gilles AYMOZ : Je pense que l’introduction du Diagnostic de Performance Energétique (DPE) a été une première étape importante. Bien sûr il est critiquable et il doit monter en qualité, mais c’est une évolution majeure qui a permis la mise en avant du sujet de la performance énergétique dans le logement pour le grand public. 

Ensuite sur la construction neuve, ce sont bien sur les Réglementations Thermiques (RT) successives. Là encore elles sont parfois très critiquées et il y a beaucoup de choses à améliorer mais les résultats sont là, les consommations énergétiques d’une maison neuve sont aujourd’hui incomparables avec celle d’une maison construite il y a 20 ou 30 ans.  

Maïté DUFOUR et Sébastien BELLET : L’apparition du Bâtiment Basse Consommation (BBC) il y a dix ans puis sa généralisation via la RT2012 a été une évolution culturelle importante pour toute la filière. D’abord craint, ce « saut énergétique » (amélioration de 50% de la performance par rapport à la RT2005) a été intégré grâce aux bâtiments démonstrateurs, qui ont émergé notamment en Normandie grâce au programme PREBAT et aux actions de formation et de sensibilisation de l’ensemble de la filière. Tous ont dû l’assimiler : du concepteur à l’ouvrier de chantier, via notamment l’effort de bonne mise en œuvre lié à l’étanchéité à l’air souhaité. 

 

Peut alors donc considérer que les objectifs du Grenelle de l’environnement et des plans qui ont suivis sont atteints ? 

G.A : Il faut bien distinguer le sujet de la construction neuve de la rénovation. La pression des réglementations et les négociations avec les grands acteurs de la construction ont permis de progresser rapidement sur le neuf et d’atteindre aujourd’hui des résultats plutôt satisfaisants. Mais les nouvelles constructions ne représentent qu’entre 1 et 2% de la totalité du parc immobilier. L’enjeu est donc bien la rénovation de l’existant, et sur ce volet nous sommes encore très loin des objectifs.

M.D / S.B : Parmi les bâtiments démonstrateurs normands, beaucoup étaient en effet de la construction neuve. Mais nous avons également démontré à travers les projets démonstrateurs PREBAT que nous savions faire de la rénovation performante, fiable, qualitative et économique en coût global. Tout l’enjeu reste de trouver les bons leviers pour massifier cette rénovation, et cela passe aussi par un engagement renforcé des maîtres d’ouvrage.

 

 Annonce des lauréats PREBAT

 

Au-delà des aspects techniques, les évolutions réglementaires ont-elles eu un impact sur les métiers du secteur ?

G.A : Il y a eu bien sur une forte montée en compétence du secteur du bâtiment sur le sujet, qui a été largement accompagnée par les dispositifs de formation comme le programme FEE Bat (Formation des professionnels aux économies d’énergie dans le bâtiment). La mise en place du signe de qualité RGE (reconnus garant de l'environnement) en 2011 a également incité de nombreux professionnels à se former et à valoriser leurs compétences. Mais c’est un dispositif qui repose sur une obligation de formation et pas de résultat. Or c’est peut être vers cette recherche de résultats vers laquelle il faut tendre, à l’image des audits post-travaux existants dans certains pays d’Europe,  si on veut garantir de meilleures performances. 

L’autre enjeu pour les artisans, qui sont les principaux acteurs de la rénovation, c’est de passer à une offre de prestation plus transversale. On constate en effet aujourd’hui que l’on est encore à 99% sur une offre professionnelle monogeste. L’artisan, même si il est formé RGE et propose un service ou un matériel performant, est donc rarement en mesure de proposer un accompagnement global au propriétaire. Or si on veut obtenir des performances plus importantes dans la rénovation, il faut évoluer vers des plans de travaux plus transversaux. C’est d’ailleurs l’un des objectifs poursuivi à travers la mise en place des Plateformes Territoriales de la Rénovation Energétique (PTRE) depuis 2015. Leur rôle est notamment de faire émerger ce conseil et ces approches globales sur les territoires. 

M.D / S.B : La Normandie est également largement équipé d’une offre de formations PRAXIBAT avec 27 plateaux techniques, qui permet aux professionnels et futurs professionnels d’acquérir une maîtrise du geste lié à la performance énergétique. Les acteurs bénéficient aussi d’une animation territoriale via les 6 PTRE du territoire normand ainsi qu’à travers le dispositif Rénovateurs BBC mis en place et animé par la Région Normandie. 

Les outils sont donc en place et certains professionnels sont sur le chemin. Mais là encore, l’enjeu est maintenant de changer d’échelle pour former plus d’intervenants et atteindre les objectifs très ambitieux des réglementations successives. 

 

Y a-t-il des enseignements à retenir de ces dix dernières années ?  

G.A : L’une des erreurs qui a été commise dans le cadre du Grenelle de l’environnement a été de trop miser sur le levier du retour sur investissement associés aux travaux de rénovation. En réalité on sait maintenant que les temps de retours sont longs et donc peu incitatifs. Les propriétaires particuliers raisonnent peu en gestionnaire de leur patrimoine sur le long terme et la « valeur verte » d’un logement n’est encore que peu prise en compte dans les transactions. Les enquêtes récentes montrent que les éléments déclencheurs d’une rénovation sont souvent la recherche d’un meilleur confort ou la réponse immédiate à un problème technique, une  chaudière en panne par exemple. Si on veut convaincre les particuliers, ce sont donc sur de nouveaux leviers de passage à l’acte qu’il faut agir en priorité. 

 

Isolation par l'extérieur au Centre Hospitalier de Dieppe 

 

Quelles sont selon vous les principaux enjeux et les perspectives pour les prochaines années ? 

G.A : Pour ce qui concerne la construction neuve il y a clairement un enjeu de renforcement de la prise en compte du sujet carbone, qui a commencé avec l’expérimentation E+C- et qui sera  retranscris dans la future RE2020. Si on regarde les résultats des premiers bilans sur le sujet, on constate que les trois quart de l’impact carbone sont liés à la phase de travaux. Il y a donc une grande marge de progression sur ce volet. Nous voulons également raisonner de plus en plus à l’échelle de l’îlot et sur la mutualisation de l’énergie entre les bâtiments. 

Ensuite nous souhaitons associer davantage la question de la performance du bâtiment à d’autres enjeux que sont la lutte contre l’étalement urbain et la réduction de la consommation de ressources naturelles. Pour ce dernier point, cela signifie notamment développer une approche plus circulaire de la construction en favorisant les matériaux biosourcés, en facilitant le réemploi et bien sûr en améliorant la gestion des déchets du bâtiment. 

Pour revenir sur le sujet de la rénovation,  il y a surtout aujourd’hui un enjeu d’implication de nouveaux relais d’action. Nous avons jusqu’à présent négligé certains acteurs qui sont pourtant des interlocuteurs privilégiés des particuliers dans leurs projets. Ce sont notamment tous les acteurs du secteur immobilier : les notaires, les assurances, les agents immobiliers… Et il y a évidemment le secteur bancaire, dont une plus grande implication est indispensable si on veut que les choses bougent plus vite. C’est ce que nous essayons de faire notamment avec la démarche « Engagé pour FAIRE ». 

 

Construction d'un bâtiment passif en Normandie

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